In Degussa in the Press

MATIÈRES PREMIÈRES Les banques suisses délaissent le commerce physique, laissant la voie libre aux vendeurs d’or. Le groupe allemand Degussa se dit prêt à accueillir tous les clients, dès 25 francs en poche. revendique un chiffre d’affaires de 2 milliards de francs.

A l’entrée, une ancre de bateau incrustée dans le mur trahit les anciennes activités du propriétaire. Le commerçant d’or Degussa loue depuis 2015 le bâtiment du 5, quai du Mont-Blanc, à Genève, en mains de la famille Rappaport, anciennement active dans le transport maritime, la finance et le négoce de pétrole. Autre point d’ancrage à ce qui fut l’une des familles les plus riches de la région: les bureaux boisés (une concession architecturale au propriétaire) et la lourde porte, installée par une banque, protégeant la salle des coffres. C’est tout pour l’histoire. Depuis son établissement genevois, Degussa se consacre désormais à l’achat et, surtout, à la vente d’or et d’autres matières précieuses.

L’éternel retour gagnant de l’or

Un cinquième des ventes d’or en Europe

Depuis cinq ans, les banques suisses limitent progressivement cette activité, en conformité avec l’évolution de la législation. UBS a par exemple fermé ses guichets «métaux précieux» à Genève, Bâle ou Zurich en 2016.
Et, depuis que les banques ne peuvent vendre d’or qu’à leurs clients, les commerçants ont la voie libre, fait valoir Degussa (pour Deutsche Gold- und Silberscheideanstalt). «Les banques nous ont cédé cette activité. Nous comblons les lacunes», se réjouit Andreas Hablützel, directeur de la division helvétique de Degussa (15 employés dont quatre à Genève et 160 dans le monde). Le groupe, présent en Allemagne, en Suisse, en Angleterre et en Espagne, revendique un chiffre d’affaires total de 2 milliards de francs en 2017, et un cinquième des transactions physiques d’or en Europe. «Et la part du gâteau croît», assure le Zurichois qui rappelle un vieil adage du groupe Degussa: «Le papier brûle et l’or reste.»
L’or a pourtant passablement fait chauffer les marchés financiers durant la dernière décennie. Au plus bas en 2009, en pleine crise financière, l’or a doublé de valeur, atteignant un sommet historique à 1900 dollars l’once (environ 28 grammes) début 2012 quand les raffineries n’arrivaient même plus à suivre, pour fléchir jusqu’en 2016. «Le métal réagit beaucoup aux événements sur les marchés comme l’élection de Donald Trump ou le Brexit. Mais il reste sur le long terme l’un des investissements les plus sûrs», défend Andreas Hablützel, en montrant une courbe plus lisse sur vingt ans. Le cours de l’once est actuellement à quelque 1330 dollars.

Des papis généreux aux touristes

La boutique genevoise identifie quatre typologies de clients. Les family offices qui cherchent, en période de taux négatifs, une Depuis que les banques ne peuvent vendre d’or qu’à leurs clients, les commerçants tels que Degussa ont la voie libre pour écouler leurs lingots. (AKOS STILLER/BLOOMBERG VIA GETTY IMAGES) réserve de valeur pour une partie de la fortune de leurs clients (entre 10 et 20%, selon lui). Les entreprises souhaitant remercier un employé pour son jubilé ou les grands-parents qui veulent léguer quelque chose à leurs descendants. Mais aussi des touristes en quête d’un souvenir. «Les gens ont parfois peur de rentrer», admet Andreas Hablützel, depuis l’un des salons feutrés de Degussa. «Ils ne veulent pas croire qu’ilexiste des objets en dessous de 1000 francs», rigoletil.
Pour attirer ces clients, Degussa propose tout un assortiment d’objets plus orientés grand public. L’un des bestsellers de la Saint-Valentin: des roses plaquées or. Mais aussi des pièces de monnaie ou différentes sortes de lingots-souvenirs en format smartphone ou en cuivre dont le prix tourne autour de 25 francs. Degussa propose aussi des lingots, plus orientés investissement, faits de métaux inhabituels, comme le rhodium, utilisé par l’industrie automobile, coûtant 1850 dollars l’once.

Pas assez d’or durable

L’or de la succursale de Degussa provient des raffineries tessinoises d’Argor-Heraeus et de Valcambi. Même si une demande existe, le groupe ne propose pas d’or certifié durable ou éthique. «La production n’atteint que quelques dizaines de kilos par an, alors que le volume échangé en Suisse est de 40 tonnes par an», regrette Andreas Hablützel.
Ce sont les raffineurs qui sont chargés de s’assurer de la provenance des matières premières, conformément au cadre légal mis en place par la bourse d’échange des métaux précieux LBMA. Concernant ses activités commerciales, Degussa revendique les «mêmes standards que les banques» en matière de lutte contre le blanchiment d’argent. Sans la contrainte de devoir ouvrir un compte bancaire. Pour les dépôts, Degussa s’est chargé de construire des coffres tout neufs dans le sousol du bâtiment qui appartient encore à la famille Rappaport.

DEGUSSA SETZT BEI GOLD UND SILBER AUF SCHWEIZER SPITZENQUALITÄT